Un tiers des offres envoyées

en dehors de Bruxelles

n’exigent aucun diplôme.

 

C’est l’un des grands paradoxes de

Bruxelles. Si la Région-Capitale

est un formidable pourvoyeur

d’emploi (plus de 700000 postes), elle

est également la Région qui connaît le

taux de chômage le plus important (plus

de 20%). Seuls la moitié des emplois à

Bruxelles profitent ainsi à des Bruxellois.

La théorie officielle explique cet état de

fait par l’inadéquation entre une forte

population (souvent jeune) dite “sousqualifiée”

à Bruxelles et un marché où

abondent des emplois pour candidats

“surdiplômés”. Or les chiffres viennent

tordre le coup à cette explication.Depuis

plusieurs années, les agences régionales

Actiris (Bruxelles), le Forem(Wallonie) et

le VDAB (Flandre) échangent des offres

d’emplois entre elles. L’échange se fait

sur la base de quatre critères: l’offre concerne

des fonctions critiques, c’est-à-dire

en pénurie dans la Région, elle est

ouverte depuis plus de 40 jours calendrier

sans être pourvue, elle a comme

lieu de travail une adresse dans une autre

région ou elle est difficile à satisfaire. Actiris

envoie ainsi chaque année des milliers

d’offres d’emploi vers la Flandre et

laWallonie, faute de trouver le candidat

idéal à Bruxelles.Or, il est interpellant de

constater que plus de 38% de ses offres

(5500 vers la Flandre et laWallonie) envoyées

par l’agence régionale bruxelloise

ne requièrent aucun diplôme particulier.

Les emplois pour personnes sous-qualifiées

ne manquent donc pas dans la capitale…

Il y a un gros souci, remarque le député

régional Arnaud Pinxteren (Ecolo).

Je n’ai rien contre le fait que ce soient des

Wallons ou des Flamands qui remplissent

ces fonctions. Tant mieux pour eux. Mais

comment expliquer qu’Actiris n’arrive pas

à trouver des candidats bruxellois?” Selon

le député écolo, d’autres raisons peuvent

expliquer cette “anomalie”, comme la

précarité des emplois proposés (“ils sont

peut-être si peu intéressants qu’ils ne trouvent

pas preneurs”) ou la discrimination à

l’embauche. “Il faut creuser la question et y

remédier au plus vite.”

Autre grief de l’élu vert: Actiris est incapable

d’identifier le nombre de

Bruxellois qui ont été engagés par le

biais des 115000 offres d’emploi reçues

en 2010 par le Forem et le VDAB. “Il

n’existe aucun suivi. Il faut que cela change

et qu’on puisse connaître exactement le

parcours d’un demandeur d’emploi”,

poursuit Arnaud Pinxteren. Les chiffres

du SPF Economie sont plus précis et

parlent de 61140 Bruxellois qui font

chaque jour la navette vers la Flandre et

la Wallonie (auxquels il convient

d’ajouter les 4750 Bruxellois qui travaillent

à l’étranger). Proportionnellement,

les Bruxellois sont donc les plus

mobiles du pays, puisque près d’un actif

sur sept travaille en dehors des frontières

de la capitale. “Cette navette sortante

est en constante progression, surtout vers

la Flandre. On peut donc supposer que le

bilinguisme est en hausse chez les demandeurs

d’emploi bruxellois, s’avance

M. Pinxteren. De quoi mettre à mal le cliché

du jeune bruxellois désoeuvré qui attend

un emploi en se croisant les bras.”

R.Me.

 

La Libre – 16 novembre 2011

Retour à l'accueil