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Il y a une semaine, nous espérions que Rio+20 soit le sommet du doute pour les adeptes du  « marché sans entrave ». Un sommet qui déstabiliserait ceux qui profitent de la croissance des inégalités, qui pénaliserait ceux qui épuisent les ressources. Il est temps de mettre l’Humanité  sur la voie d’un monde socialement juste et écologiquement soutenable, disions-nous, aux côtés des ONG et des syndicats.

 

Rio ne fut rien de tout cela. L’inflexion espérée, le frémissement indispensable n’ont pas eu lieu. Les dirigeants du monde en ont décidé autrement. Abasourdi par l’ampleur de l’échec de la communauté internationale à s’accorder sur des solutions ambitieuses pour juguler les crises, il est indispensable aujourd’hui d’en tirer certaines conclusions.

 

Une méthode de travail à interroger

 

Sur la méthode tout d’abord. L’accélération du processus de négociation a pris de cours tant les négociateurs que les observateurs, qui, travaillaient ce projet de texte depuis le début du mois de janvier. La poussée décisive a été donnée par la présidence brésilienne qui, en tant que pays hôte de la Conférence, a voulu forcer un accord sur un texte timide  « à prendre ou à laisser » plutôt que de prendre le risque d’une négociation au résultat improbable entre chefs d’état.

 

Le coût de cette accélération est la suppression de passages plus contraignants ou plus volontaristes qui ne faisaient pas encore consensus. C’est donc le plus petit dénominateur commun entre les positions des groupes de pays présents tels le G77, l’Union européenne, les petits Etats Insulaires et les Etats-Unis qui aura été retenu. 

Les germes de cette frilosité sont cependant à rechercher dans le texte préparatoire, le « zéro draft », déposé sur la table de la Communauté internationale par les Nations Unies elles-mêmes en ce début d’année. A la lecture de celui-ci, on ne peut s’empêcher de penser que le financement partiellement privé des agences onusiennes ces dix dernières années a biaisé la vision et les ambitions d’une transition pourtant indispensable, et ce dès l’entame du processus. La suite s’est alors résumée à des reculades répétées pour arriver à la pâle déclaration de ce vendredi 22 juin 2012. 

 

Le multilatéralisme en panne

 

D’autre part, la confiance entre les Etats est durablement écornée depuis les échecs des dernières COP climat. Rio est une nouvelle étape de cette crise existentielle du compromis international. Gageons que la mise en place d’un forum politique de haut niveau devant notamment assurer la mise œuvre des décisions de Rio+20 permettra de restaurer cette confiance tout en rappelant l’impératif historique que nous avons d’œuvrer dans l’intérêt général, au-delà des intérêt nationaux.

 

Autre panne : le dialogue avec la société civile

 

Si Rio accueillait le Sommet de la Terre, la ville permettait également la tenue du Sommet des Peuples rassemblant la « société civile » à deux heures d’embouteillage du lieu de la conférence officielle. Deux sommets sur deux lieux différents, mais aussi manifestement sur deux planètes différentes. Car un dialogue de sourd entre les dirigeants politiques et cette société civile s’est durablement installé. Le sommet de Rio en 1992 avait fondé les processus participatifs et suscité une prise de conscience du rôle et de la responsabilité des citoyens dans les choix publics. Aujourd’hui, le dialogue parait impossible. 

 

Les ONG ont été loin dans la dénonciation de l’accord minimaliste conclu. A raison. Le grand soir attendu de la prise de conscience planétaire des défis sociaux et environnementaux n’a en effet pas eu lieu. Il faut toutefois rebondir. Continuer le combat qui devra sans doute se focaliser sur quelques mesures non seulement symboliques mais surtout déterminantes pour réorienter et équilibrer notre développement comme par exemple la lutte contre les paradis fiscaux, la fins des subsides aux énergies fossiles ou encore la justice fiscale.

 

Des acquis, tout de même

 

Au rayon des bonnes nouvelles, notons que le texte de l’accord reconnaît l’importance de gérer de manière efficace les ressources naturelles si on veut s’intégrer dans une réelle économie verte, laquelle est considérée pour la première fois comme un des instruments de transtion, pour atteindre un développement durable en vue de l’éradication de la pauvreté. Il faut néanmoins regretter que cette notion d’économie verte ne soit pas définie de manière précise ce qui risque bel et bien de confirmer sa vocation de verdurisation superficielle du capitalisme productiviste.

 

D’autre part, le droit à l’eau est enfin cité, même si nous aurions pu espérer qu’il soit reconnu de façon plus affirmative comme un droit humain fondamental.

 

Une autre avancée plus significative est l’adoption du cadre décennal de programmation concernant les modes de consommation et de production durables. Ce cadre souligne que des changements fondamentaux dans la façon dont nos sociétés produisent et consomment  sont indispensables pour parvenir à un développement mondial durable. Il propose des principes et des lieux pour discuter de ces questions essentielles et pour parvenir à des résultats tangibles dans le court terme. C’est très encourageant.   

 

Vers une transition juste et citadine

 

On peut encore  se réjouir de la décision des Etats de s’inscrire dans une trajectoire de transition, en déclenchant un processus intergouvernemental d’élaboration d’objectifs de développement durable sur une base d’abord scientifique, impulsé par le Secrétaire Général des Nations Unis , et d’adoption politique ultérieure, au sein de l’Assemblée Générale, afin de garantir une appropriation à tous les niveaux par les Etats. Notons également la reconnaissance de l’importance de rendre les villes durables, grande première dans un texte onusien.    

 

Une telle transition devra également être juste. L’accord souligne la nécessité d’une croissance inclusive et durable. Travail décent et protection sociale devront en être les principaux garants.

 

L’avenir nous appartient

 

Ne nous leurrons pas, ces avancées ne sont pas à la hauteur des enjeux. Les fruits de ces décisions arriveront, au mieux, trop tard pour permettre un véritable développement durable c'est-à-dire pour ajuster notre modèle de développement aux ressources disponibles et aux besoins de tous. Pour nombres d’observateurs, le monde doit à présent s’orienter vers la résilience, cette posture qui consiste à se préparer à absorber les chocs devenus inéluctables des crises environnementales et sociales.  


Si la pensée globale semble dans une impasse,  le salut ne viendra que par l’action locale. Pas de défaitisme donc. Il reste plus que jamais indispensable de poursuivre nos efforts quotidiens aux niveaux local et régional, dans nos villes et nos communes pour le développement de solutions durables.

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